"An infographic illustrating Germany's leadership in European conventional rearmament, represented by a modern military helmet positioned slightly off-center on a glowing Europe. The globe features stylized outlines of European countries, with subtle nuclear symbols near France and England to signify their nuclear capabilities. The composition uses a professional, minimalist style with muted grays, blues, and metallic tones, emphasizing Germany's strategic role in European defense."

Le prochain hégémon de l’Europe : Les implications stratégiques et géopolitiques d’une Allemagne réarmée

Résumé analytique

Le 27 février 2022, les plaques tectoniques de la sécurité européenne ont bougé. Lors d’une session extraordinaire du Bundestag, le chancelier Olaf Scholz a annoncé un Zeitenwende — un tournant décisif. Ce n’était pas une simple réaction à l’invasion de l’Ukraine par la Russie ; c’était l’abandon de près de huit décennies de retenue militaire allemande. Avec un fonds spécial de 100 milliards d’euros et l’engagement de dépasser l’objectif de 2 % du PIB consacré aux dépenses de l’OTAN, l’Allemagne s’est engagée sur une voie qui fera d’elle la première puissance militaire du continent.

Cette transformation présente un paradoxe. Une Allemagne réarmée est nécessaire pour dissuader l’agression russe et sécuriser le flanc oriental de l’Europe. Pourtant, une Allemagne militairement dominante perturbe inévitablement le délicat équilibre des pouvoirs au sein de l’Union européenne. La question centrale de la prochaine décennie n’est pas de savoir si l’Allemagne dirigera, mais comment. Si la résurgence de Berlin n’est pas profondément intégrée dans les structures européennes et de l’OTAN — entravée par des « menottes dorées » — elle risque de fracturer l’unité même qu’elle cherche à défendre.

I. De la retenue à la résolution : Le moment charnière de l’Allemagne

Pendant des décennies, la République fédérale d’Allemagne a agi comme une « puissance civile ». Sa politique étrangère était dictée par la diplomatie du chéquier, l’intégration commerciale (notamment avec la Russie pour l’énergie et la Chine pour les exportations) et une profonde réticence à utiliser la force militaire. La Bundeswehr était chroniquement sous-financée, une considération politique secondaire dans une nation encore aux prises avec les fantômes du XXe siècle.

Le discours du Zeitenwende de Scholz a brisé ce statu quo. L’invasion de l’Ukraine a prouvé que l’interdépendance économique ne garantit pas la paix. En s’engageant à injecter massivement des capitaux — certains analystes prévoient que les dépenses de défense atteindront 189 milliards de dollars d’ici 2029 — l’Allemagne tente de corriger trente ans d’atrophie en quelques mois. C’est l’aveu que, dans un monde où la compétition entre grandes puissances fait son retour, le poids économique sans puissance militaire est un handicap. L’Allemagne s’efforce de devenir une « puissance normale » — une puissance prospère, démocratique et capable de se défendre et de défendre ses alliés.

II. Mesurer la puissance : Grande puissance ou superpuissance ?

Pour comprendre les implications de ce changement, nous devons distinguer entre une « superpuissance » et une « grande puissance ». L’Allemagne n’est pas, et ne sera probablement pas, une superpuissance à l’instar des États-Unis ou de la Chine, qui possèdent la capacité de projeter une force écrasante à l’échelle mondiale. Cependant, l’Allemagne consolide indéniablement son statut de première « grande puissance » européenne.

Sur le plan économique, l’Allemagne est depuis longtemps le poids lourd de l’Europe. Sur le plan militaire, elle rattrape désormais son retard. Si Berlin atteint ses objectifs de dépenses, son budget de la défense finira par éclipser ceux de la France et du Royaume-Uni réunis. Cela modifie fondamentalement la hiérarchie de l’influence européenne. Le pouvoir en Europe a traditionnellement été équilibré entre la portée stratégique de Londres, l’affirmation militaire de Paris et le moteur économique de Berlin. À mesure que l’Allemagne acquiert la capacité militaire correspondant à sa puissance économique, le centre de gravité se déplace de manière décisive vers l’est, à Berlin.

III. Alliés et anxiété : Le dilemme de sécurité de l’Europe

Ce changement déclenche un « dilemme de sécurité » classique. Alors que les nations d’Europe de l’Est comme la Pologne et les États baltes réclament depuis longtemps une posture de défense allemande plus robuste pour contrer la Russie, la réalité d’une Allemagne lourdement armée ravive des angoisses historiques.

La solution réside dans le concept de « menottes dorées ». L’expansion militaire de l’Allemagne doit être inextricablement liée aux institutions multilatérales. Si la Bundeswehr se développe strictement dans le cadre de l’OTAN et de l’UE, servant de colonne vertébrale logistique et défensive à l’alliance, elle agit comme un stabilisateur. Cependant, si le réarmement de Berlin est perçu comme unilatéral — motivé par des intérêts industriels nationaux ou une approche « L’Allemagne d’abord » en matière d’acquisitions — il sèmera la méfiance.

Nous constatons déjà des frictions. Des tensions sont apparues concernant la priorité accordée par l’Allemagne aux systèmes américains prêts à l’emploi (comme le F-35) au détriment de projets européens communs, frustrant ainsi les partenaires parisiens qui considèrent l’autonomie stratégique européenne comme primordiale. Pour que le Zeitenwende réussisse, Berlin doit prouver que sa force est un bien public pour l’Europe, et non une simple police d’assurance nationale.

IV. Lignes de faille internes : Nationalisme et risques politiques

Le risque le plus souvent négligé du réarmement est peut-être d’ordre intérieur. Une armée puissante exige une main politique stable pour la manier. Or, l’Allemagne est confrontée à d’importantes lignes de faille internes. La montée de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), un parti populiste et anti-système, témoigne d’un profond mécontentement à l’égard du consensus dominant.

À mesure que les dépenses de défense augmentent, le potentiel de polarisation politique s’accroît. Si les coûts économiques du réarmement pèsent sur la protection sociale pendant une récession, les éléments populistes pourraient exploiter ce mécontentement. Une Allemagne réarmée dirigée par une coalition centriste et euro-atlantiste est un pilier de stabilité. Une Allemagne réarmée sous l’influence de nationalistes eurosceptiques serait un séisme géopolitique. Le consensus qui ancre actuellement l’Allemagne à l’Occident est solide, mais il n’est pas immuable.

V. Perspectives d’avenir : La puissance allemande unifiera-t-elle ou divisera-t-elle ?

À l’horizon 2035, deux scénarios se dessinent. Dans le premier, l’Allemagne accepte les « menottes dorées ». Elle intègre ses brigades à des unités néerlandaises, polonaises et françaises ; elle se fait le champion d’un pilier européen au sein de l’OTAN ; et elle utilise sa puissance de dépense pour renforcer la base industrielle de défense collective du continent. Dans ce scénario, l’Allemagne devient l’ancre bienveillante de la sécurité européenne.

Dans le second scénario, l’Allemagne fait cavalier seul. Frustrée par la lenteur de la coopération européenne et inquiète du désengagement américain, Berlin construit une forteresse allemande. Cela déclencherait une contre-réaction de la France et pourrait fracturer l’UE, laissant l’Europe divisée face aux menaces extérieures.

Conclusion : Promesse et péril

Le réarmement de l’Allemagne est le changement le plus significatif de la géopolitique européenne depuis la chute du mur de Berlin. Il offre la promesse d’une Europe qui peut enfin se défendre elle-même — une Europe qui est un partenaire, plutôt qu’un dépendant, des États-Unis.

Cependant, cette promesse est assortie d’un péril. La frontière entre le leadership et l’hégémonie est mince. Pour que cette nouvelle ère apporte la paix plutôt que la rivalité, les alliés de l’Allemagne doivent accueillir favorablement ses contributions tout en insistant sur son intégration. Simultanément, Berlin doit exercer son nouveau pouvoir avec une profonde humilité, comprenant que la confiance de ses voisins est un atout stratégique aussi vital que n’importe quel char ou avion de chasse. L’avenir de l’Europe dépendra du choix de l’Allemagne de diriger un chœur ou de chanter en solo. Nous devons nous assurer que ce soit le premier.

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