Les démocraties en péril : le basculement mondial vers l’autoritarisme


Tout au long de l’histoire, les alliances politiques ont profondément façonné l’ordre mondial. Pendant l’entre-deux-guerres, l’Internationale communiste dirigée par l’Union soviétique a soutenu des mouvements révolutionnaires anti-capitalistes, posant les bases de l’expansion du communisme après la Seconde Guerre mondiale. De même, après la guerre froide, l’ordre mondial dirigé par les États-Unis a promu la démocratie et les valeurs libérales, bien que de manière incohérente, déclenchant des vagues de transitions démocratiques. Mais aujourd’hui, les dynamiques ont changé. La collaboration transfrontalière, autrefois outil de promotion de la démocratie, est désormais utilisée pour renforcer l’autoritarisme.

Une coalition croissante de régimes autoritaires, de gouvernements illibéraux, de partis anti-establishment (souvent d’extrême droite) et même d’entités privées travaille ensemble pour saper les principes démocratiques. Ce qui les unit n’est pas une idéologie commune, mais un rejet mutuel des normes démocratiques telles que les contre-pouvoirs exécutifs, les libertés civiles et l’État de droit. Des dirigeants de nations démocratiques qui affaiblissent les garanties institutionnelles, comme le président américain Donald Trump, aux autocrates enracinés comme le président biélorusse Alexandre Loukachenko, ces figures consolident leur pouvoir, diffusent de la désinformation et délégitiment leurs opposants. En mutualisant leurs ressources et en amplifiant leur propagande, ils construisent un réseau mondial qui favorise de plus en plus l’autocratie.

Cette « alliance illibérale » a été mise en avant en septembre 2025, lorsque le président chinois Xi Jinping, le leader nord-coréen Kim Jong Un et le président russe Vladimir Poutine se sont réunis à Pékin, symbolisant leur défi aux normes libérales1. Cependant, ce sommet très médiatisé n’était que la surface d’une tendance beaucoup plus large. En 2024 seulement, l’ONG Action for Democracy a documenté plus de 45 000 cas de collaboration entre régimes autoritaires, gouvernements illibéraux et groupes d’opposition à travers le monde2.


Le déclin de la démocratie

La démocratie libérale traverse une crise profonde. Depuis plus de deux décennies, le monde connaît ce que certains appellent une « récession démocratique ». Selon l’indice Varieties of Democracy (V-Dem), 45 nations se sont orientées vers l’autocratie en 2025, ne laissant que 29 pays classés comme démocraties complètes3.

Ce qui est encore plus alarmant, c’est la difficulté croissante pour les démocraties de se redresser une fois qu’elles régressent. Par le passé, des pays comme l’Uruguay et l’Inde ont réussi à rebondir après des périodes d’autoritarisme. Mais ces dernières années, ces reprises sont devenues rares. Les recherches montrent que depuis 1994, la plupart des nations qui ont retrouvé la démocratie après une période de régime autocratique ont recommencé à régresser dans les cinq ans4.

L’un des principaux moteurs de cette tendance est la montée des réseaux de soutien transnationaux pour les autocrates. Bien que l’histoire offre des exemples de collaboration autoritaire, comme les alliances fascistes des années 1930, les réseaux actuels sont bien plus sophistiqués et dotés de ressources. Les régimes autocratiques représentent désormais plus de 70 % de la population mondiale et contrôlent une part croissante de la richesse mondiale5. Leur puissance économique et militaire croissante, combinée aux avancées technologiques, leur permet d’influencer plus facilement la politique au-delà des frontières.

Contrairement aux alliances centralisées du passé, comme le Komintern dirigé par l’Union soviétique, les réseaux illibéraux actuels fonctionnent comme des systèmes décentralisés et superposés. Ces réseaux incluent des mercenaires russes, des financements des États du Golfe, des technologies de surveillance chinoises et des mouvements politiques d’extrême droite en Occident. Souvent, ces éléments se renforcent mutuellement. Par exemple, en République centrafricaine et au Mali, des sociétés militaires privées russes, financées par des accords illicites sur l’or avec les Émirats arabes unis, ont renforcé les régimes autoritaires6. Ces collaborations ancrent le contrôle autocratique et érodent les normes démocratiques.


Le rôle de la propagande

Les régimes autoritaires ne se contentent pas de collaborer militairement ou économiquement : ils mènent également une bataille idéologique. Bien que leurs visions du monde puissent différer, leurs messages partagent souvent des thèmes communs, tels que l’opposition à l’égalité des sexes et aux droits LGBTQ. En Europe et aux États-Unis, les groupes de droite présentent ces questions comme des menaces aux valeurs traditionnelles, tandis que dans d’autres régions, elles sont décrites comme des impositions étrangères sapant la souveraineté culturelle. L’objectif ultime est le même : affaiblir la confiance dans les institutions démocratiques et normaliser la gouvernance autoritaire.

La désinformation est devenue une arme puissante dans cet effort. Par exemple, en 2024, des acteurs liés à la Russie ont organisé une mise en scène provocante en France, plaçant des cercueils drapés de drapeaux français près de la tour Eiffel pour attiser la colère publique contre le soutien du gouvernement à l’Ukraine7. De même, la Chine a utilisé ses Instituts Confucius et ses médias d’État pour influencer le discours politique à l’étranger, réprimer les critiques et soutenir des candidats pro-Pékin8. Ces efforts étendent l’influence autoritaire dans les espaces démocratiques, sapant la transparence et le pluralisme.

Les puissances autoritaires intermédiaires jouent également un rôle important dans la répression des mouvements démocratiques. L’approvisionnement en drones de la Turquie aux dirigeants autoritaires dans les zones de conflit et le soutien des Émirats arabes unis aux acteurs répressifs en Afrique et au Moyen-Orient sont des exemples de l’utilisation d’outils militaires et financiers pour ancrer la gouvernance illibérale9. Les réseaux financiers illicites permettent également ces collaborations, comme en témoigne la corruption de parlementaires européens par l’Azerbaïdjan et le soutien financier de la Hongrie à des partis d’extrême droite en Espagne10.


Renforcer la démocratie

Si les démocraties espèrent contrer la montée de l’autoritarisme, elles doivent s’adapter à ce paysage changeant. D’abord, les valeurs démocratiques doivent être rendues pertinentes dans la vie quotidienne des citoyens. Ces derniers doivent voir comment la démocratie peut apporter des avantages concrets. Par exemple, avant les élections françaises de 2024, des organisateurs locaux ont utilisé les réseaux sociaux pour contrer la désinformation et encourager la participation électorale, démontrant le pouvoir des stratégies créatives et communautaires11.

Ensuite, les démocraties doivent mieux lutter contre la désinformation autoritaire. La loi sur les services numériques de l’UE, qui oblige les plateformes à limiter les contenus nuisibles et à divulguer leurs algorithmes, est un pas dans la bonne direction. Cependant, une coopération internationale plus large est nécessaire pour établir des normes claires pour les plateformes en ligne et promouvoir l’intégrité de l’information12.

Le financement est un autre domaine crucial. Les gouvernements démocratiques doivent accroître leur soutien aux journalistes indépendants, aux organisations civiques et aux initiatives anti-corruption tout en coupant les flux financiers qui soutiennent les régimes autoritaires. Des efforts comme l’initiative « Bouclier de la démocratie » de l’UE sont prometteurs, mais davantage doit être fait pour perturber les réseaux qui permettent aux acteurs autocratiques d’agir13.

Enfin, l’alliance démocratique a besoin d’un nouveau leadership. Les pays en dehors de l’Europe et de l’Amérique du Nord devraient jouer un rôle plus important dans la définition de l’agenda pro-démocratique. Des initiatives comme le sommet Democracia Siempre, organisé par le Chili, montrent le potentiel de nouvelles coalitions pour apporter une énergie et des idées nouvelles à la lutte pour la démocratie14.

La démocratie est menacée, mais il n’est pas trop tard pour agir. En renforçant leurs institutions chez elles et en affrontant les réseaux autoritaires à l’étranger, les démocraties peuvent retrouver leur équilibre. La bataille pour l’avenir de la gouvernance est loin d’être terminée, mais avec des actions audacieuses et coordonnées, la démocratie peut prévaloir.

Here’s the rewritten text in French:


Les démocraties en péril : le basculement mondial vers l’autoritarisme

Tout au long de l’histoire, les alliances politiques ont profondément façonné l’ordre mondial. Pendant l’entre-deux-guerres, l’Internationale communiste dirigée par l’Union soviétique a soutenu des mouvements révolutionnaires anti-capitalistes, posant les bases de l’expansion du communisme après la Seconde Guerre mondiale. De même, après la guerre froide, l’ordre mondial dirigé par les États-Unis a promu la démocratie et les valeurs libérales, bien que de manière incohérente, déclenchant des vagues de transitions démocratiques. Mais aujourd’hui, les dynamiques ont changé. La collaboration transfrontalière, autrefois outil de promotion de la démocratie, est désormais utilisée pour renforcer l’autoritarisme.

Une coalition croissante de régimes autoritaires, de gouvernements illibéraux, de partis anti-establishment (souvent d’extrême droite) et même d’entités privées travaille ensemble pour saper les principes démocratiques. Ce qui les unit n’est pas une idéologie commune, mais un rejet mutuel des normes démocratiques telles que les contre-pouvoirs exécutifs, les libertés civiles et l’État de droit. Des dirigeants de nations démocratiques qui affaiblissent les garanties institutionnelles, comme l’ancien président américain Donald Trump, aux autocrates enracinés comme le président biélorusse Alexandre Loukachenko, ces figures consolident leur pouvoir, diffusent de la désinformation et délégitiment leurs opposants. En mutualisant leurs ressources et en amplifiant leur propagande, ils construisent un réseau mondial qui favorise de plus en plus l’autocratie.

Cette « alliance illibérale » a été mise en avant en septembre 2025, lorsque le président chinois Xi Jinping, le leader nord-coréen Kim Jong Un et le président russe Vladimir Poutine se sont réunis à Pékin, symbolisant leur défi aux normes libérales1. Cependant, ce sommet très médiatisé n’était que la surface d’une tendance beaucoup plus large. En 2024 seulement, l’ONG Action for Democracy a documenté plus de 45 000 cas de collaboration entre régimes autoritaires, gouvernements illibéraux et groupes d’opposition à travers le monde2.


Le déclin de la démocratie

La démocratie libérale traverse une crise profonde. Depuis plus de deux décennies, le monde connaît ce que certains appellent une « récession démocratique ». Selon l’indice Varieties of Democracy (V-Dem), 45 nations se sont orientées vers l’autocratie en 2025, ne laissant que 29 pays classés comme démocraties complètes3.

Ce qui est encore plus alarmant, c’est la difficulté croissante pour les démocraties de se redresser une fois qu’elles régressent. Par le passé, des pays comme l’Uruguay et l’Inde ont réussi à rebondir après des périodes d’autoritarisme. Mais ces dernières années, ces reprises sont devenues rares. Les recherches montrent que depuis 1994, la plupart des nations qui ont retrouvé la démocratie après une période de régime autocratique ont recommencé à régresser dans les cinq ans4.

L’un des principaux moteurs de cette tendance est la montée des réseaux de soutien transnationaux pour les autocrates. Bien que l’histoire offre des exemples de collaboration autoritaire, comme les alliances fascistes des années 1930, les réseaux actuels sont bien plus sophistiqués et dotés de ressources. Les régimes autocratiques représentent désormais plus de 70 % de la population mondiale et contrôlent une part croissante de la richesse mondiale5. Leur puissance économique et militaire croissante, combinée aux avancées technologiques, leur permet d’influencer plus facilement la politique au-delà des frontières.

Contrairement aux alliances centralisées du passé, comme le Komintern dirigé par l’Union soviétique, les réseaux illibéraux actuels fonctionnent comme des systèmes décentralisés et superposés. Ces réseaux incluent des mercenaires russes, des financements des États du Golfe, des technologies de surveillance chinoises et des mouvements politiques d’extrême droite en Occident. Souvent, ces éléments se renforcent mutuellement. Par exemple, en République centrafricaine et au Mali, des sociétés militaires privées russes, financées par des accords illicites sur l’or avec les Émirats arabes unis, ont renforcé les régimes autoritaires6. Ces collaborations ancrent le contrôle autocratique et érodent les normes démocratiques.


Le rôle de la propagande

Les régimes autoritaires ne se contentent pas de collaborer militairement ou économiquement : ils mènent également une bataille idéologique. Bien que leurs visions du monde puissent différer, leurs messages partagent souvent des thèmes communs, tels que l’opposition à l’égalité des sexes et aux droits LGBTQ. En Europe et aux États-Unis, les groupes de droite présentent ces questions comme des menaces aux valeurs traditionnelles, tandis que dans d’autres régions, elles sont décrites comme des impositions étrangères sapant la souveraineté culturelle. L’objectif ultime est le même : affaiblir la confiance dans les institutions démocratiques et normaliser la gouvernance autoritaire.

La désinformation est devenue une arme puissante dans cet effort. Par exemple, en 2024, des acteurs liés à la Russie ont organisé une mise en scène provocante en France, plaçant des cercueils drapés de drapeaux français près de la tour Eiffel pour attiser la colère publique contre le soutien du gouvernement à l’Ukraine7. De même, la Chine a utilisé ses Instituts Confucius et ses médias d’État pour influencer le discours politique à l’étranger, réprimer les critiques et soutenir des candidats pro-Pékin8. Ces efforts étendent l’influence autoritaire dans les espaces démocratiques, sapant la transparence et le pluralisme.

Les puissances autoritaires intermédiaires jouent également un rôle important dans la répression des mouvements démocratiques. L’approvisionnement en drones de la Turquie aux dirigeants autoritaires dans les zones de conflit et le soutien des Émirats arabes unis aux acteurs répressifs en Afrique et au Moyen-Orient sont des exemples de l’utilisation d’outils militaires et financiers pour ancrer la gouvernance illibérale9. Les réseaux financiers illicites permettent également ces collaborations, comme en témoigne la corruption de parlementaires européens par l’Azerbaïdjan et le soutien financier de la Hongrie à des partis d’extrême droite en Espagne10.


Renforcer la démocratie

Si les démocraties espèrent contrer la montée de l’autoritarisme, elles doivent s’adapter à ce paysage changeant. D’abord, les valeurs démocratiques doivent être rendues pertinentes dans la vie quotidienne des citoyens. Ces derniers doivent voir comment la démocratie peut apporter des avantages concrets. Par exemple, avant les élections françaises de 2024, des organisateurs locaux ont utilisé les réseaux sociaux pour contrer la désinformation et encourager la participation électorale, démontrant le pouvoir des stratégies créatives et communautaires11.

Ensuite, les démocraties doivent mieux lutter contre la désinformation autoritaire. La loi sur les services numériques de l’UE, qui oblige les plateformes à limiter les contenus nuisibles et à divulguer leurs algorithmes, est un pas dans la bonne direction. Cependant, une coopération internationale plus large est nécessaire pour établir des normes claires pour les plateformes en ligne et promouvoir l’intégrité de l’information12.

Le financement est un autre domaine crucial. Les gouvernements démocratiques doivent accroître leur soutien aux journalistes indépendants, aux organisations civiques et aux initiatives anti-corruption tout en coupant les flux financiers qui soutiennent les régimes autoritaires. Des efforts comme l’initiative « Bouclier de la démocratie » de l’UE sont prometteurs, mais davantage doit être fait pour perturber les réseaux qui permettent aux acteurs autocratiques d’agir13.

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Footnotes

  1. Source : Rapport Action for Democracy, 2025.
  2. Source : Données Action for Democracy, 2024.
  3. Source : Indice Varieties of Democracy (V-Dem), 2025.
  4. Source : Étude Journal of Democracy, 2024.
  5. Source : Données V-Dem, 2022.
  6. Source : Rapports sur l’activité des mercenaires russes, 2024.
  7. Source : Enquête du gouvernement français, 2024.
  8. Source : Rapports des Instituts Confucius, 2023.
  9. Source : Middle East Policy Journal, 2025.
  10. Source : Rapports sur la corruption au Parlement européen, 2024.
  11. Source : Analyse de la campagne électorale française, 2024.
  12. Source : Loi sur les services numériques de l’UE, 2022.
  13. Source : Initiative Bouclier de la démocratie de l’UE, 2025.
  14. Source : Sommet Democracia Siempre, 2025.

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